Liberticides en Absurdistan


« La liberté ou la mort », disaient les Grands Ancêtres, glorieux révolutionnaires de 93, en brandissant au bout de leurs piques les têtes de ceux qui ne pensaient pas comme eux. De nos jours, avec la crise du coronavirus, le mot d’ordre a changé et la devise du pouvoir actuel serait plutôt « la mort pour les libertés ».

Le 28 octobre dernier, c’est en brandissant le spectre d’une pandémie foudroyante, qui provoquerait « d’ici quelques mois, au moins 400 000 morts supplémentaires », qu’Emmanuel Macron a imposé un deuxième confinement. Au mois de mars déjà, dix épidémiologistes, chargés par lui d’« éclairer la décision publique », avaient annoncé, en relayant une modélisation de leur collègue britannique Neil Ferguson, que le coronavirus tuerait entre 350 000 et 500 000 Français. Aucune de ces prédictions catastrophistes ne s’est réalisée, pas plus en France que dans les pays voisins qui n’ont pas confiné, comme la Suède, ou beaucoup moins, comme les Pays-Bas, l’Allemagne et la Suisse.

Emmanuel Macron ne s’en présente pas moins comme notre protecteur, comme il l’a répété le 24 novembre. Et c’est pour nous sauver, parbleu ! qu’il ligote nos libertés. Par deux fois, en jouant sur la peur et l’aspiration à la sécurité d’une population vieillissante, il est parvenu à placer les Français, ces « Gaulois réfractaires », en résidence surveillée. Et la liste est longue des restrictions des libertés perpétrées par son gouvernement : entrave aux libertés de culte, de circuler, de travailler, de commercer, de se réunir ; atteintes au principe de l’inviolabilité du domicile, au droit de manifester (du fait de la limitation des déplacements), à la liberté de prescription pour les médecins…

Mais les mesures liberticides du pouvoir macronien ne se limitent pas à la « guerre » contre le virus : par la loi Avia (largement censurée par le Conseil constitutionnel), il cherche à brider la liberté d’expression sur Internet ; par le projet de loi « confortant les principes républicains », il prend prétexte du danger islamiste pour interdire l’école à la maison, imposer la scolarisation des enfants dès trois ans (le bourrage de crâne n’attend pas le nombre des années) et renforcer la surveillance de l’enseignement libre hors contrat ; et le projet de loi sur la « sécurité globale » met en place les outils d’un régime policier, notamment en envisageant de confier des missions de sécurité publique à des sociétés privées qui utiliseront des drones ( ce qui est beaucoup plus inquiétant que l'interdiction de filmer le visage des policiers prévue par l'article 24 : comme d'habitude, l'extrême gauche s'en prend au moucheron et ne voit pas le mammouth.)

L’autoritarisme du pouvoir se dissimule derrière l’argument sécuritaire, avec d’autant plus de force de persuasion que l’Etat se montre justement incapable d’assurer la paix civile. De même, le Président de la République, infantilisant les Français, se targue-t-il de les protéger au moment même où l’Etat-Providence fait faillite et où sa propre politique enfonce le pays dans une crise économique majeure, qui provoquera des dégâts humains non moins considérables.

Les oukases gouvernementaux manquent tellement de bon sens que le journal allemand Die Zeit appelle la France macronienne « l’Absurdistan », et le surnom fait mouche pour un grand nombre de Français. L’absurdité, caractéristique des régimes liberticides, sourd de l’arbitraire du pouvoir en place et les décisions prises sont aberrantes jusque dans les détails, comme le montrent la tentative du préfet de police de Paris d’interdire aux catholiques de prier devant les églises – ce qui lui a valu d’essuyer un camouflet du tribunal administratif – ou encore la décision ridicule de limiter à trente le nombre de fidèles autorisés à assister à la messe, que ce soit dans la chapelle la plus exiguë ou la plus vaste de nos cathédrales… La France d’Emmanuel Macron ressemble ainsi de plus en plus à l’URSS de Léonid Brejnev ; mais l’avenir est à la dissidence.

Editorial de Monde et Vie, décembre 2020