Greta met les voiles vers l’Europe


Que je sois changé en iceberg fondu par Marlène si nous ne l’avons pas échappé belle ! Encore un peu, et Greta loupait la Cop 25, ce qui aurait changé le destin du monde et annoncé à n’en pas douter l’Apocalypse, qu’elle prédit véhémentement dès qu’un micro se tend vers elle. Ceux qui ont assez de temps à perdre pour avoir suivi ses aventures se souviennent que l’aimable enfant s’était laissée coincée aux Etats-Unis comme un ours polaire sur un glaçon. Or, la Cop 25, grand raout écolo-onusien qui devait se tenir au Brésil, puis au Chili, se réunira finalement début décembre à Madrid. Coup dur pour l’agitée du climat. C’est que, pour se rendre du pays de l’Oncle Sam en Amérique du sud par voie de terre, plusieurs procédés sont envisageables, y compris la ballade à dos de lama, animal dont le caractère est, paraît-il, presque aussi primesautier que celui d’une Thunberg. Se rendre en Espagne, en revanche, est plus compliqué. Personnellement, pour peu que je sois pressé, je prendrais l’avion. Mais je ne corresponds pas à l’archétype du héros moderne (pas plus qu’ancien, d’ailleurs), je n’ai pas séché l’école à 15 ans pour partir sauver la Mère-Terre pachamama, je n’ai pas reproché au monde entier de m’avoir volé ma jeunesse et mon destin, il m’arrive même par inadvertance de sourire – voire de rire ! –, en oubliant que c’est le propre de l’homme, seul animal réellement nuisible à la surface du globe (et même sous la surface, car la taupe et le lombric sont plus utiles et sympathiques).

La savonarolette climatique Thunberg s’interdisant les moyens de locomotion aérien (à l’exception, je suppose, du deltaplane et du cerf-volant, un peu audacieux pour traverser l’Atlantique), je supputais le moment où elle devrait louer une barque et se muer en une espèce de Forrest Gump aquatique : rame, Greta, rame ! Heureusement pour la planète, un couple de biobio australiens a finalement mis à sa disposition un voilier dernier cri de 14 mètres, construit à la Grande-Motte par une entreprise française, cocorico ! Le bateau s’appelle « La Vagabonde ». Je suppose qu’après avoir passé deux jours en mer avec Greta, ces braves Australiens feront de leur mieux pour qu’elle arrive le plus tôt possible sur la côte espagnole – les participants à la Cop 25 n’auront donc aucune chance de lui échapper, sauf à décider à la dernière minute de finalement se réunir au Japon, ou à moins qu’une rencontre inopinée avec une baleine, animal écolo s’il en est, ne mette fin prématurément à sa croisière en vagabonde.

Le prince Harry préférerait sûrement l’Angleterre pour y accueillir la vagabonde suédoise, dont il a récemment fait l’éloge : « chaque pays, chaque communauté, chaque école, chaque groupe d’amis, chaque famille a besoin de sa propre Greta », a-t-il déclaré. Dieu merci, rien de tel ne m’est arrivé et ma famille ne compte pour l’instant aucune Greta en son sein. C’est une malchance dont je pense pouvoir me consoler ; mais le prince Harry ferait bien de peser ses mots lorsqu’il déclare que chaque école a besoin d’une Greta. Cela pourrait facilement passer pour une provocation, vu le parcours scolaire de la gamine.