Voici le temps des assassins

Voici le temps des assassins. Ce titre d’un célèbre film noir de Duvivier pourrait résumer la politique « éthique » d’Emmanuel Macron, même si le scénario de l’œuvre de fiction de 1956 n’a rien à voir avec les réalités du totalitarisme en marche auxquelles nous sommes confrontés. Le pouvoir, d’une légitimité douteuse, qui dirige actuellement la France, l’introduit toujours plus loin dans les impasses de la culture de mort.

À cet égard, l’assassinat légal de Vincent Lambert est un pas décisif vers la nouvelle rupture idéologique avec l’essence de notre civilisation, une fracture qui débouche sur la destruction de la personne par la négation de son humanité. En l’occurrence, il s’agit, de surcroît, d’une personne faible, handicapée, incapable de se défendre seule, et que l’amour et le courage de ses parents ne seront pas parvenu à sauver des griffes d’une certaine médecine, d’une certaine justice et des politiciens.

Ce n’est évidemment pas ainsi que l’ont présenté les médias idéologiquement corrects. À les lire, Viviane Lambert n’était pas une mère tentant désespérément d’arracher son enfant des mains de ceux qui s’acharnaient à sa perte, mais une toquée obscurantiste, une « catholique intégriste » coupable d’assister à des messes en latin. N’est-ce pas là, de nos jours, un signe de dégénérescence intellectuelle ? Probablement, l’archevêque et l’évêque auxiliaire de Reims, NN.SS. Éric de Moulins-Beaufort et Bruno Feillet, sont-ils aussi des « intégristes », qui écrivaient, au mois de mai dernier :

« c’est l’honneur d’une société humaine que de ne pas laisser un de ses membres mourir de faim ou de soif et même de tout faire pour maintenir jusqu’au bout la prise en charge adaptée. Se permettre d’y renoncer parce qu’une telle prise en charge a un coût et parce qu’on jugerait inutile de laisser vivre la personne humaine concernée serait ruiner l’effort de notre civilisation. La grandeur de l’humanité consiste à considérer comme inaliénable et inviolable la dignité de ses membres, surtout des plus fragiles. » Hélas, en France, voilà longtemps que l’honneur est une valeur qui n’a plus cours, au moins dans les milieux dirigeants.

Où la France cultive le complexe de Barabbas

C’est pourtant à l’honneur qu’en a appelé une quarantaine d’avocats, dans une pétition adressée à Emmanuel Macron et signée, entre autres, par le président de la Ligue des droits de l’homme, Henri Leclerc : « On a pris un risque historique, qui, s’il se réalisait, laisserait une tâche indélébile sur le mandat d’Emmanuel Macron, d’avoir ainsi rendu possible un assassinat légal aujourd’hui banni par la majorité des pays de la planète… ». Bravo, c’est envoyé ! J’y souscrirais des deux mains, s’il s’agissait de Vincent Lambert. Mais, en l’occurrence, cette vertueuse déclaration concernait les djihadistes prétendument « français » condamnés à mort pour crimes de guerre en Irak. Me Leclerc et ses amis faisaient d’ailleurs un faux procès au président de la République, puisque le porte-parole du Gouvernement, Sibeth Ndiaye, a affirmé que la France intervient « au plus haut niveau de l’Etat » pour éviter la peine capitale à ses citoyens de papier. Auparavant, le 27 février, le ministre de la Justice, Nicole Belloubet, avait rappelé avec force ce beau principe : « Notre pays n’accepte pas la peine de mort. » Sauf pour l’appliquer sur son propre territoire à un innocent handicapé… C’est le complexe de Barabbas !

Dans ce cas, non seulement le pouvoir macronien accepte la peine de mort, mais il sait faire montre d’un stupéfiant acharnement homicide, en passant outre aux rappels des Nations-Unies concernant la Convention relative aux droits des personnes handicapées ratifiée par la France, puis en saisissant la Cour de cassation pour casser la décision de la Cour d’appel interrompant le processus létal.

Dans ce cas aussi, les grandes consciences toujours si promptes à s’émouvoir sur des drames qui se jouent à l’autre bout de la planète, se montrent d’une discrétion de gardiens de cimetière. Pourtant, le « protocole », comme ils disent, a de quoi faire frémir. Voilà comment le décrit un article de La Croix : « La mort survient par l’arrêt de l’hydratation qui provoque, au bout de quelques jours, une insuffisance rénale qui entraîne progressivement l’arrêt des organes vitaux, jusqu’à l’arrêt du cœur. » Hôpital, silence on tue ! Et la journaliste de ce quotidien prétendument catholique, commente : « Lors de la première procédure d’arrêt de Vincent Lambert, en 2013, les médecins avaient commis l’erreur, avaient-ils reconnu ensuite, de maintenir une légère hydratation. » « L’erreur » ? Les rédacteurs de La Croix échappent à coup sûr à l’accusation d’« intégrisme » !

Où Edouard Philippe chausse des bottes pointure 39

Edouard Philippe, qui avait été si fortement outré par les manifestations de joie et les cris de victoire jugés indécents des soutiens de Vincent Lambert après l’arrêt de la cour d’appel, n’est pas choqué, en revanche, par cette mise à mort médicalisée. Après tout, on achève bien les chevaux, on pique bien les chiens : pourquoi pas les humains ? Et puis, hein ! Vous avez vu son état, à Vincent Lambert ? C’est pour son bien, qu’on le tue, pardi ! Et le premier ministre propret et insignifiant de la macronie chausse des bottes de marque allemande, en confondant la pointure et le millésime : 39.

Dans un excellent article posté sur Twitter et publié sur le Salon beige (« L’après Vincent Lambert : l’euthanasie écologiste », la blogueuse Natalia Trouiller a rappelé les consignes données par Hitler le 1er septembre 1939 pour éliminer les handicapés : « Le Reichsleiter Bouhler et le Dr. Brandt sont chargés de la responsabilité d’étendre le domaine de compétence de certains médecins, nommément désignés, afin que les patients qui, pour autant que l’entendement humain puisse en juger après un diagnostic des plus approfondis, sont considérés comme incurables aient droit à une mort miséricordieuse. » Aujourd’hui, on dirait : dans la dignité… Après tout, si on les tue, c’est pour leur bien, non ?

Accessoirement, ce peut être aussi pour le bien des caisses de sécurité sociale en déficit, et aussi (surtout) pour celui des idéologies acharnées à extraire de la société française tout ce qu’il peut rester de ses racines chrétiennes. Il s’agit d’une substitution de civilisation, du remplacement de l’arbre de vie par la culture de mort aux fruits vénéneux. Derrière la mort de la personne Vincent Lambert, se profile la généralisation de l’euthanasie aux grands malades, aux handicapés et aux " improductifs ". Ne nous y trompons pas, c’est une étape préparatoire à la loi de bioéthique qui sera présentée en septembre. On ne fera pas brutalement sauter la digue qui nous défend encore contre la barbarie, mais on la sape, on ouvre une brèche en comptant bien que le courant emportera le reste. La tactique a déjà servi…

Quelques jours après l’incendie de Notre-Dame de Paris, le franc Macron avait déclaré au nom des Français : « Nous sommes avant toute chose des enfants des Lumières ». L’idéologie des Lumières ne s’oppose ni à l’euthanasie, ni à l’eugénisme – bien au contraire. C’est ce projet « progressiste » que porte Macron. Pour protéger l’humanité de ses propres abus, il existait, avant la Déclaration des droits de l’homme, fille des Lumières, une table de ses devoirs qui intimait un commandement impérieux : « Tu ne tueras point », éclairé par un autre commandement, évangélique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». N’en déplaise aux tenants du « Meilleur des mondes », Vincent Lambert était et reste notre prochain.

Texte publié dans Minute le 10 juillet 2019