Les signes de Notre-Dame


Au lendemain de l’incendie de Notre-Dame, Fabrice Luchini, qui précise n’être pas chrétien, a affirmé, dans une tribune donnée au Figaro, qu’« on pourrait presque penser à un signe ».

« Notre-Dame de Paris, c’est un symbole d’Occident, ajoute-t-il dans ce beau témoignage. Même si on n’est pas chrétien, même si nous ne sommes plus chrétiens : la France est chrétienne. C’est un fait. Moi-même je suis frappé en plein cœur. »

Le ciel a permis que ce drame arrive le lundi de la semaine sainte, alors que l’Église cheminait vers le Vendredi saint, jour où est lu dans les églises le récit de la Passion de Notre Seigneur selon saint Jean. Comme l’écrit encore Luchini, c’est « la métaphysique qui descend dans l’hallucinant débat agité des combats politiques pour affirmer une tragédie, restaurer une gravité ». Et ce signe effarant, culminant avec la chute dans le brasier de la flèche qui montrait le Ciel, revêt une dimension politique qui renvoie à la protestation des grands prêtres devant Pilate : « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. »

Devant la cathédrale en flammes, le président de la République lui-même s’est laissé aller à déclarer : « Je veux ce soir, bien entendu avant tout, avoir une pensée pour les catholiques de France et partout à travers le monde, en particulier, en cette Semaine sainte. » Et les commentateurs ont répété à qui mieux mieux que la question des racines chrétiennes de la France ne se posait plus… Hélas, les conversions soudaines et dictées par l’événement sont rarement durables.

Dès le lendemain, toute mention des catholiques avait disparu de l’« Adresse à la nation » prononcée par Emmanuel Macron et, sans parler des projets imbéciles concernant la reconstruction de la cathédrale annoncés par le président et son premier ministre, l’actualité de la semaine suivante a montré que les grands prêtres de la République française ne veulent toujours pas d’autre dieu que César. Deux signes, ou signaux, en ont été donnés : d’une part, le Conseil d’État a validé administrativement la condamnation à mort rendue par les médecins de l’hôpital de Reims contre Vincent Lambert, au mépris des droits de la personne – nouveau pas vers l’euthanasie des handicapés. D’autre part, le gouvernement vient de se déclarer implicitement favorable à la pratique des mères porteuses. Le 23 avril, le quotidien Libération a en effet consacré un article à la louange de Gabriel Attal, révélant que ce secrétaire d’État à l’Éducation et à la Jeunesse (sic!), qui venait de faire son « coming out » homosexuel, serait disposé à recourir à une « GPA " éthique " » pour avoir un enfant, « si c’était légal en France ». Loin de s’en émouvoir, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, s’est au contraire offusqué d’un commentaire attristé et sobre (« Au moins, la couleur est annoncée. #bioéthique en juin ») posté sur le réseau twitter par le député LREM Agnès Thill. Le kéké de Beauvau a avertie cette dangereuse dissidente : « Chacun de tes tweets t’éloigne de ce que nous sommes, de nous, mais pire, ils t’éloignent des valeurs que tu penses servir ».

Ces valeurs, qui sont en effet à l’opposé de celles de Macron, de son ministre et des juges du Conseil d’État, gisent aujourd’hui dans les cendres de Notre-Dame ; mais d’autres signes nous sont donnés, dans la préservation de la structure de la cathédrale comme dans celle des saintes reliques échappées aux flammes, que la France chrétienne n’a pas disparue dans l’incendie. Et que le jour viendra où elle renaîtra de ces cendres.

Eric Letty