Un Thomas peut en cacher un autre

J’attendais merveilles de la part du nouveau porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye et mon attente n’a pas tardé à être comblée. Interviewée par Ruth Elkrief sur BFM TV le 3 avril, soit quatre jours seulement après sa nomination, elle a ouvert le feu d’artifice à venir par une boulette étincelante : « Je suis comme saint Thomas d’Aquin, je ne crois que ce que je vois ». Les téléspectateurs, eux, n’en ont pas cru leurs oreilles. Car il y a une petite confusion entre saint Thomas l’apôtre, qui refusait de croire à la résurrection du Christ tant qu’il n’aurait pas vu la marque des clous dans ses mains et mis son doigt dans ses blessures, et le docteur angélique (mais non, Siboulette, ça n’a pas de rapport avec la « marquise des anges » !) qui vécut au treizième siècle. De l’un à l’autre, il s’est passé un petit bout de temps ; mais après tout, au regard de l’histoire, qu’est-ce que quelques siècles de plus ou de moins, comme le disait Napoléon à Vercingétorix ? Quand on n’est pas très sûr de soi, mieux vaut éviter les citations trop précises pour éviter de se planter si bêtement ; mais justement, le propre des Sibeth est d’être toujours très sûres d’elles-mêmes. La nouvelle déléguée à la propagande du gouvernement fera mieux, la prochaine fois qu’elle voudra nous épater par l’étalage de sa culture théologique, de solliciter le secours de saint Jean bouche d’or, qui pourrait être le saint patron des porte-parole politiques. À cela près que saint Jean Chrysostome (« bouche d’or »), dont l’éloquence était réputée, n’était pas d’un genre à mentir pour protéger les Macron de l’époque ou s’attirer leur faveur : sa franchise lui valut au contraire d’être condamné et exilé. Siboulette n’est pas menacée.

(Article publié dans Minute le 10 avril 2019)

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