Où Marlène donne un spectacle caniculaire

Au mois d’avril dernier, intervenant devant une classe d’enfants âgés de 8 à 12 ans dans le cadre de l’émission Au tableau, sur C 8, Marlène Schiappa avait montré sa méconnaissance de la langue française en répondant à la question d’une fillette : « C’est quoi, le féminin de macho ? ». « C’est misandre », avait répondu le ministre de l’Egalité femmes-hommes : « misandre, c’est l’inverse, c’est le fait de ne pas aimer les hommes et de les stigmatiser en tant qu’hommes. » La gamine, une petite maghrébine, avait repris : « Ce n’est pas un peu ce que vous êtes ? Vous avez obligé votre mari à démissionner pour garder vos enfants ? »

Comme il est dur d’être ministre ! Sans doute eût-il été tentant d’envoyer paître l’insolente. Mais lui prédire, devant les caméras, qu’elle finirait voilée comme sa mère et sa tante, n’était-ce pas risquer d’être taxée d’islamophobie ? Au reste, madame le ministre avait tout faux ! Le machisme, synonyme de phallocratie, repose sur l’idée que l’homme est supérieur à la femme, ce qui n’implique pas la détestation des femmes, contrairement à la misogynie qui est le véritable contraire de la misandrie. Ce n’est sans doute qu’une question de vocabulaire, mais quand on se pique, comme elle, de connaître le sujet, mieux vaut en savoir le lexique élémentaire. Comme disait Nicolas Boileau, homme d’Ancien régime, ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément.

Si je devais répondre à mon tour à l’interlocutrice effrontée de notre ministre, je dirais que le contraire du machisme, c’est le féminisme, qui n’est pas moins ridicule, mais beaucoup plus à la mode. Il en faut heureusement plus que le persiflage d’une enfant pour détourner Marlène de son idéologie. Loin de l’ébranler, les critiques dont elle a été la cible après sa prestation, le 24 juillet, sur BFMTV, vêtue d’une robe au décolleté affriolant, ont conforté son militantisme. L’ancien député européen Paul-Marie Coûteau, par exemple, avait « twitté » son indignation sur les réseaux sociaux : « Non, mais est-ce que c’est une tenue de ministre ? Comment pouvons-nous supporter que le Gouvernement de la France soit tombé si bas ? » Marlène, qui n’avait montré qu’une partie du haut – assez jolie, d’ailleurs – aurait pu riposter avec un peu d’esprit si elle l’avait eu beaucoup plus grand qu’un dé à coudre, comme le chantait ce macho de Brassens. En vraie féministe, elle a préféré verser dans la victimisation mélodramatique : « Au-delà de ma personne (jamais habituée à cela), une énième preuve de ce que subissent les femmes en politique ! Il fait 36 degrés mais on nous invite à nous couvrir. »

Oh, pécaïre ! Il était temps que la canicule s’arrête ; au-delà de 40, elle aurait été fichue d’enlever le bas et la tenue de ministre se serait trouvée réduite à la tenue d’Eve ! Pour une fois, pourtant, l’égalité me semblait satisfaite, les hommes politiques étant supposés, eux aussi, supporter veste et cravate en saison estivale. Par solidarité avec sa camarade, j’imagine que lors de sa prochaine prestation télévisée, Bruno Lemaire, qui naguère avait déjà tombé la cravate, se pointera torse nu, en short et tongs.