Enthoven enseigne le féminisme aux féministes

Sans crainte de s’enferrer, Richard Ferrand, le nouveau président de l'Assemblée nationale, à peine monté au perchoir, a eu le mot pour rire : « Le choix s’est porté sur moi. Vous me pardonnerez de ne pas être une dame », a-t-il ironisé. Je ne suis pas sûr que cette amusante plaisanterie lui sera de sitôt pardonnée par Marlène Schiappa, l’inépuisable secrétaire d’Etat à l’égalité femmes-hommes, qui organisait au même moment une université d’été du féminisme, où un homme (un mâle-otru) lui a volé la vedette. Raphaël Enthoven a en effet monopolisé le micro pendant vingt minutes, le temps d’infliger aux dames militantes l’une de ces leçons de morale dont il a le secret, critiquant au passage le mouvement MeToo et quelques figures du féminisme bien connues de leur concierge.

L’intervention n’a pas été du goût du public, comme l’ont montré les réactions sur les réseaux sociaux : « Ce n’est pas un débat, c’est un H qui fait la leçon, sans contradiction », s’égosillait sur Twitter une certaine Marie Kirschen. « En fait, il a fait la leçon aux femmes pendant 20 minutes », s’indignait de son côté une journaliste nommée Titiou Lecoq ( je lui suggère de faire changer son patronyme en Lapoule).

J’ose à peine me permettre de donner mon avis, appartenant moi-même à la bande honnie des H ; mais il me semble que ces dames ont critiqué injustement le choix de Marlène. Parmi les H, en effet, qui était plus digne qu’Enthoven de tenir le micro à leur pince-fesse estival ? Je rappelle le curriculum vitae irréprochable de ce moraliste, ex-gendre du moitrinaire dépoitraillé BHL, devenu à l’imitation d’icelui un héraut de la bien-pensance. Alors que la fille de son beau-père attendait un enfant de lui, Raphaël a su lui montrer les voies de la libération, en la poussant à avorter avant de la plaquer pour filer la belle amourette avec la compagne de son propre père, une certaine Carla Bruni. Ça, c’est de la modernité, fillettes ! Un macho réactionnaire, à sa place, se serait cru obligé de rester jouer les pères de familles responsables auprès de son épouse. Avec un peu d’imagination, on peut même penser qu’il aurait fait partie – horreur ! – de ces phallocrates justement dénoncés par Marlène, qui contraignent leurs femmes à se rendre aux réunions parents-profs à l’époque des rentrées scolaires…

Cet article a été publié dans Minute le 19 septembre 2018