Laisse causer Marlène !

Laisse causer Marlène, bougre de malpoli !

Le 30 juin, au cours de l’émission On n’est pas couché de Laurent Ruquier sur France 2, Marlène Shiappa, l’inégalable préposée ministérielle à l’égalité entre les femmes, les hommes et autres non-binaires, a été interrompue par le comédien Jean-Claude Van Damme, qui lui a fait remarquer que toutes les dames ne rêvent pas forcément de devenir ministre de Macron: « Il y a des femmes qui aiment être à la maison. Si toutes les femmes travaillent, qui s’occupera des enfants à la maison ? Si tu as envie de faire quelque chose, tu suis ton mouvement à toi, tu ne l'impose pas sur d'autres femmes, tu comprends ? »

Il aurait été fastidieux d’expliquer à cet archéo-crétin que toutes les Françaises qui consacrent leurs journées à remplir des emplois aussi exaltants que caissière en hyper-marché, par exemple, prennent beaucoup plus de plaisir à scanner des code-barres pendant des heures, en absorbant les musiques de rêve que ces grandes surfaces utilisent pour décerveler le client, qu’elles n’en trouveraient à élever leur enfant, déposé le matin à la crèche avant de partir. Il faut vraiment être aussi belge que Van Damme pour ne pas comprendre ce genre d’évidence.Marlène, elle, est une bonne française. Plutôt que de perdre son temps à expliquer ce qui va de soi à son contradicteur, la dame macronesse a préféré contre-attaquer sur un sujet annexe, celui de la politesse et de l’anti-sexisme, qui se portent si bien en politique : « Alors, c’est super, ce que tu viens de faire, interrompre une femme, ça s’appelle du "mansplaining", c'est-à-dire quand un homme interrompe une femme pour lui expliquer qu'il sait mieux qu'elle des choses sur son propre domaine d'expertise », a-t-elle lancé au comédien.

Autrefois, en français, on appelait ça un manque de galanterie, mais en nos temps égalitaires, la galanterie est une notion révolue, désuète et pour tout dire suspecte, une expression d’autant plus perfide qu’inavouée du sentiment de supériorité du mâle blanc dominateur. Et puis, le français, c’est ringard. Marlène, qui ne loupe jamais un train En Marche, a donc recouru au globish franglo-saxon pour clouer le bec à l’impertinent. Heureusement qu’elle a pris la précaution de fournir elle-même la traduction, car il n’est pas certain que tout le monde aurait compris.

Cette précaution ne m’a pas empêché de me poser deux questions, un peu bêtes, auxquelles il est aisé de répondre avec un peu de jugeote. Premièrement, si l’interruption d’une femme par un malappris du sexe obscurantiste s’appelle " mansplaining ", faut-il parler, en sens inverse, de " womansplaining " lorsqu’une femme coupe la parole à un homme ? En réalité, la question ne se pose pas : les femmes sont bien trop civiles et urbaines pour se laisser aller à pareille impolitesse. Lorsqu’elles donnent l’illusion d’interrompre un interlocuteur du sexe opposé, elles ne font en réalité que mettre un terme à un abus de parole.

Deuxièmement, comment un homme, un peu sot par nature, peut-il savoir qu’il pénètre, en tout bien, tout honneur, dans le " domaine d’expertise " d’une femme, auquel, par définition, ce pauvre ballot ne peut rien comprendre et sur lequel il n’a donc pas voix au chapitre ? Ici aussi, la réponse est simple ; c’est marqué sur l’étiquette. Celle de Marlène, par exemple, indique : « chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes ». Elle est donc experte étiquetée par l’Etat, ce qui certifie son autorité et sa supériorité en tout ce qui concerne ce sujet (qualification ISOMarlène 2018).

Voilà qui devrait clore toute discussion, non ?