Pourquoi Cantat n'aime pas le moyen-âge


Ne cherchez pas la victime : c’est lui ! Bertrand Cantat, l’ex-chanteur du groupe Noir Désir, qui a tabassé à mort sa compagne Marie Trintignant à Vilnius en 2003 (dix-neuf coups, dont quatre dans la tête), ne comprend pas l’accueil hostile que lui ont réservé ces gros ploucs de provinciaux à Montpellier et à Grenoble, où il devait se donner en spectacle – je veux dire, donner un concert… N’a-t-il pas, comme le dit Françoise Nyssen, ministre de la Culture, « payé sa dette » à la société en purgeant quatre ans de prison pour ce meurtre (c’est le laps de temps au bout duquel la justice française l’a libéré pour "bonne conduite", alors que la justice lituanienne l’avait condamné à huit années d’emprisonnement) ? Et n’a-t-il pas « aussi le droit de continuer à vivre », comme dit le ministre ?

Il est, certes, bien dommage que Marie Trintignant ait perdu ce droit définitivement et que ses quatre enfants (en 2003, le dernier avait cinq ans) soient orphelins de leur mère à perpétuité. Mais quoi ! il a tant de talent, ce petit Cantat ! Il a si bien dénoncé sur scène, avec Noir Désir, les gros méchants vilains fachos lepénistes ! Les bobos l’ont tant aimé, avec son cuir et ses allures de petit bourgeois déguisé en zonard… On comprend que certains de ses anciens fans, aujourd’hui, aimeraient bien que l’on passe l’éponge sur cette affaire déconcertante : un héros du bien qui tourne mal. Bertrand Cantat en tueur de femme, c’est comme Zorro en dépouilleur de veuve ou Superman en patron de la mafia, on préférerait ne pas y croire. Tout fout le camp, allez, même les mythes !

À tout péché, miséricorde, dit-on. À vue de Ciel, sans doute et heureusement ; mais à vue de terre, on pourrait espérer que Supernaze, après ses quatre ans de taule pas cher payés, soit un peu plus discret. Hélas, on ne quitte pas si facilement les lumières de la scène, on ne renonce pas comme ça à l’adulation des fans et l’ego boursouflé a bien du mal à dégonfler. Mais tout à la contemplation de son nombril, le cantateur au noir désir ne s’est pas rendu compte que, l’idéologie féministe ayant conquis l’espace public, même les Che Guevara de salle de concert comme lui ne sont plus à l’abri des pétroleuses : c’est la revanche d’Olympe de Gouge sur Robespierre. Au sein même du gouvernement, tandis que Françoise Nyssen prend sa défense, Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, juge « problématique (…) d’en faire un héros, de le plaindre, de dire qu’il est tourmenté… ». Mamie Ringarde contre Boubourde : qui va gagner le match ? Vu l’ambiance actuelle, je mise sur la seconde à coup sûr.

Car Bertrand le cogneur a affaire à forte partie. À Grenoble, « venu parler aux provocateurs » (dit-il…) qui voulaient l’empêcher de se produire, il s’est heurté, « à peine apparu », à « un déchaînement de violence, d’insultes, une pluie de coups, aucune possibilité de discuter, de la violence, seulement de la violence, aucune écoute, aucun échange : bref, le retour au moyen-âge. » Pauvre canard, qui craint les coups ! Il en parle en expert, même s’il s’aperçoit un peu tard qu’il est plus douloureux de les recevoir que de les donner.

Au moins trouve-t-il un sujet d’accord avec notre secrétaire d’Etat à l’Égalité ploum-ploum : le moyen-âge. On se souvient qu’en janvier dernier, scandalisée par l’organisation à l’initiative du député du Vaucluse Marie-France Lhoro d’une « journée parlementaire pour la vie » (pouah, quelle horreur !) à l’Assemblée nationale, Marlène avait voué aux gémonies laïcistes et féministes les participants à ce colloque sur l’avortement, « réactionnaires, obscurantistes et moyenâgeux ». Elle et Cantat devraient lire les œuvres de Régine Pernoud, éminente médiéviste (et femme, de surcroît, ce qui devrait rassurer Boubourde). Ils y apprendraient qu’à cette époque barbare où trouvères et troubadours chantaient l’amour courtois, les femmes n’avaient pas besoin du féminisme pour occuper une place de choix au sein de la société chrétienne. Et comme, du temps de saint Louis, la justice royale prenait le meurtre moins à la légère que la nôtre, les assassins, au lieu d’être relâché après quatre ans de prison, se balançaient sous un gibet en arrosant la mandragore.

Ce qui explique sans doute que Cantat n’aime pas le moyen-âge.

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