Compisser le mélèze, c'est balèze !


Photo Daniel Wanke/Pixabay

Le dernier débat du petit monde paritairement correct a porté, ces jours-ci, sur une question dogmatique de la plus haute importance : faut-il parler de la "journée de la femme", ou de la "journée des droits des femmes" ? Si on me demandait mon avis, j’aurais du mal à trancher. D’un côté, la journée de la femme évoque irrésistiblement celles du chien, du chat, du cochon d’inde, de la gentillesse, de la solidarité, de la laïcité, du baiser (attention, méfiance !), etc. Il va falloir songer à ajouter des jours au calendrier. Mais, d’un autre côté, parler "des droits" des femmes est un peu limitatif et donne l’impression qu’il pourrait exister certains droits réservés aux hommes, comme celui de faire pipi debout, par exemple. On se souvient qu’en 2012, le conseil du comté de Sudermanie, en Suède, avait envisagé d’interdire aux mâles cette possibilité discriminante. Cette idée vertueuse n’a, hélas, pas pu aboutir, en raison probablement de l’impossibilité de placer des caméras vidéo dans les lieux d’aisance pour confondre les contrevenants : même en Suède, le naturel a des limites.

Heureusement, des commerciaux ingénieux et féministes sincères ont inventé un objet utile et propre, si j’ose dire, à rétablir l’égalité entre les sexe : le « pisse debout », plus élégamment appelé « urinette ». Il s’agit d’une sorte d’entonnoir, à cela près que l’entonnoir sert à remplir et qu’en l’occurrence il s’agit plutôt de vider. Je lis sur le blog d’une particulière ce témoignage émouvant : « à bientôt 40 balais, j’ai découvert que faire pipi debout, c’est la LIBERTÉ ! » (Les majuscules soulignent l’importance de la découverte) et « qu’avoir une urinette au fond de mon sac, ça révolutionne mes sorties ! » (à tous les sens du terme). Suit un classement instructif des meilleurs instruments disponibles sur le marché, la préférence de ma blogueuse allant à une marque qui propose « plein de couleurs sympas, une extension à fixer à son bout pour la rallonger (sic) – pratique lorsqu’on est en combinaison de ski par exemple – une boîte pour la ranger et facile à laver ».

C’est vrai, on ne pense pas assez au sort funeste de la féministe saisie d’une envie pressante en combinaison de ski sur un téléski. Mais, joie et célestitude, avec une urinette aux couleurs sympas (on évitera le rose "flashy", réputé trop genré), le premier sapin sera le bon. Sans vouloir jouer au moniteur, je conseille aux débutantes de déchausser préalablement, sans quoi l’opération relève de la miction impossible : comme dit un dicton savoyard, se soulager à ski contre un mélèze, c’est balèze. Mieux vaut aussi s’assurer que les lieux sont déserts, car la loi, qui défend les bonnes mœurs et l’écologie, interdit ce genre d’activité sous peine d’amende : si le garde champêtre est planqué derrière le mélèze, votre compte est bon. En outre, cet exercice périlleux suppose, pour être accompli en toute sécurité, de posséder une connaissance des vents tournants que seule une solide expérience autorise. Elle semble avoir fait défaut à ma blogueuse, qui écrit, en déplorant la petite taille de son outil, que « son format riquiqui peut être un atout, mais il faut gérer le débit avec précision, au risque de provoquer un tsunami (et un grand moment de solitude). » Dame ! On ne devient pas un homme si commodément… Mais à cœur vaillant rien d’impossible : un brin de persévérance et c’est parti, mon riquiqui !

Article publié dans Minute le 14 mars 2018

Pas bon...

Mais non, voyons !

C'est mieux...

Ben voilà, c'est ça.

Vive le féminisme qui fait pipi debout !

Mots-clés :