Les contradictions de La Méluche


« Qu’est-ce que l’auto-entrepreneur ? Le travail à la tâche. C’est ce que faisait le docker du XIXe siècle quand il prenait la file pour savoir s’il aurait du travail ». Cette noble dénonciation de l’exploitation de l’homme par l’homme via le statut d’entrepreneur, avec référence obligée au prolétariat de l’avant-dernier siècle, a été émise en octobre dernier à l’Assemblée nationale par Jean-Luc Mélenchon, comme le rappelle le site d’Europe 1. Au mois de mars, il avait même assimilé l’auto-entreprise à l'auto-esclavage. Et en même temps, comme dirait Jupiter Macron, ou plutôt quelques mois auparavant, La Méluche lui-même mettait à profit le statut d’auto-entrepreneur pour rémunérer une dizaine de collaborateurs, membres de son équipe de campagne. Peste et diantre ! Le Danube de la pensée de la France insoumise serait donc un semi-esclavagiste ? Lénine l’en garde ! « On nous a dit : " Vous avez fait beaucoup de statut d’auto-entrepreneur". On allait faire quoi d’autre ? Embaucher les gens en CDI alors que c’est une campagne ? Allons, tout cela n’est pas sérieux. Vous nous reprochez quoi ? De ne pas avoir appliqué le CDI de chantier que Monsieur Macron a créé depuis ? », se justifie-t-il.

Justes remarques, mais pourquoi critiquer la réforme de " Monsieur Macron ", si l’on admet qu'elle est, dans certains cas, bienvenue, voire nécessaire ? En quoi la situation de La Méluche, qui a besoin de collaborateurs pour un temps, parce que la campagne électorale a un terme, diffère-t-elle essentiellement de celle d’un petit patron qui a besoin d’employés pour répondre à une commande ponctuelle, mais sait qu’il se trouvera en sureffectifs une fois cette commande honorée ?

Je vois pourtant une différence : si son entreprise fait faillite, le petit patron perdra le fruit de son travail et ses salariés iront pointer au chômage. Tandis que si La Méluche n’est pas élu, ses principaux collaborateurs trouveront une place de député (qui, en les plaçant sous les feux de la rampe, les contraindra hélas à quitter leur logement social prolétarien, comme le bon Alexis Corbière.) Quant à Mélenchon lui-même, il sait qu’il pourra toujours percevoir sa pension d’ancien sénateur, servi le régime spécial le plus généreux de France. En 2010, le Conducateur avait répondu au journaliste Jean-Michel Aphatie, qui lui demandait indiscrètement s’il y renoncerait (au nom de la sainte Egalité...), qu’il ne l’envisageait nullement : « En effet, je vais en profiter. Je suis assez heureux d'avoir pu avoir ça mais mes pauvres parents n'ont pas eu la même chose (1), ni mon grand-père qui est mort à la tâche. »

Sans compter qu’en remontant plus haut dans sa généalogie, on finirait peut-être par dénicher un enfant trouvé, voire, avec un peu de chance, un esclave sous la Rome antique, allez savoir…

  1. Le père de La Méluche était receveur des postes et sa mère institutrice. Les retraites de ces honorables fonctionnaires n’avaient sûrement rien à voir avec celle de leur rejeton sénatorisé, mais les pensions des agents de l’Etat ne sont pas les plus misérables.

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