Les obscurités de Marlène

Je soupçonne les chefs de gouvernement successifs d’être de pratiquer une forme de misogynie fourbe et dissimulée, quoique redoutablement efficace. Cette misogynie s’exprime et se révèle, me semble-t-il, dans le choix, pour assumer les délicates fonctions de ministre des Droits des femmes ou de secrétaire d’Etat chargé* de l’Egalité entre les femmes et les hommes, d’excitées hallucinées, comme la môme Rossignol sous le vizirat de Manuel Valls, ou de bécasses babacoules à l’image de Marlène Schiappa sous celui d’Edouard Philippe.

Dernière bourde en date, celle-ci a saisi l’occasion d’un colloque sur le transhumanisme organisé à l’Assemblée nationale par Marie-France Lorho, député du Vaucluse, pour dénoncer un « colloque contre l’avortement » dont les participants étaient, à l’entendre, « réactionnaires, obscurantistes et moyenâgeux ». Elle a oublié « nauséabonds », mais je le lui pardonne bien volontiers : c’était l’idée.

Je nauséabonde d’ailleurs dans son sens : entre l’avortement et le transhumanisme, il existe indéniablement une filiation. Lorsque l’on a préalablement considéré la destruction d’un être humain dans le ventre maternel comme un droit fondamental, ni l’idée de trier les embryons en fonction de leurs qualités génétiques dans le but d’améliorer l’espèce, qui est à la base de l’eugénisme ; ni celle de faire naître un enfant par procréation artificielle en éliminant le père au bénéfice d’une prétendue seconde mère lesbienne ; pas plus que celle de rémunérer une femme pour lui faire porter l’enfant d’une autre, dans le cadre de la gestation dite « pour autrui » – en attendant que l’ectogénèse, autrement dit la production de l’être humain « en flacon », dans un utérus artificiel, soit opérationnelle – ne présentent d’inconvénient majeur. Et il faut assurément être réactionnaire et obscurantiste pour s’en inquiéter.

Un détail m’ennuie quand même : réactionnaire, pourquoi pas ? Obscurantiste, soit. Mais pourquoi « moyenâgeux » ? Je conseille à Marlène de lire un livre consacré à La femme au temps des cathédrales, qui fut publié voilà déjà plus de trente ans par une grande historienne nommée Régine Pernoud. Elle y découvrira qu’en ces temps affreusement chrétiens, donc forcément obscurantistes, les femmes jouissaient d’une liberté beaucoup plus grande qu’elle ne l’imagine. Et d’une liberté d’esprit incomparablement plus vaste que nos féministes ligotées par la pensée unique.

* Le titre officiel mentionne « chargée », ce qui élève la faute de français au rang d’idéologie d’Etat

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