80 kilomètres heure, plus une Borne !

Pas plus de 80 à l’heure sur les routes nationales : ainsi en a décidé le gouvernement, tandis que le ministre des transports, Elisabeth Borne, regrette que l’Etat-nounou ne contrôle pas mieux les Français.

Je songe à acheter un fiacre ou un tilbury, et deux chevaux sous l’attelage et non plus sous le capot. C’est « tout bénéf » : je ferai des économies, puisque le picotin n’est pas frappée par les taxes sur le carburant ; j’échapperai au reproche qui m’est fait de saloper la planète avec des particules fines (si je roule au diesel) ou d’attaquer la couche d’ozone (si je roule à l’essence) ; et d’ici quelques années, au train où vont les choses, il m’arrivera probablement de doubler une automobile, contrainte par la surveillance satellite (qui aura avantageusement remplacé les radars) de respecter la nouvelle limite de vitesse à 15 kilomètres/heure.

Pour l’instant, nous n’en sommes qu’à 80 et les radars sont prêts à flasher. Pour faire gober aux Français cette nouvelle réduction de la vitesse sur les routes secondaires, le gouvernement ressort l’argument éculé de la mortalité sur les routes, qui serait « repartie à la hausse » depuis 2013. La presse a évidemment fait écho à ce discours officiel, en saluant la bravoure de notre héroïque premier ministre prêt à affronter l’impopularité pour sauvegarder la vie des citoyens, ces pauvres inconscients. Je doute pourtant du résultat, et l’on s’apercevra peut-être que l’inattention, l’ennui et la somnolence ne sont pas moins dangereux au volant que dix kilomètres heure au-dessus du compteur. Nos dirigeants, si volontiers admiratifs de l’exemple allemand, auraient intérêt à s’en inspirer en matière de sécurité routière : outre-Rhin, la limitation de vitesse varie en fonction du danger que présentent tel ou tel tronçon de route, et sur certaines parties d’autoroute sans difficulté, les automobilistes allemands sont libres de rouler à l’allure qu’ils désirent.

La liberté sans Borne

En France, il est très symbolique que l’on ait choisi pour diriger le ministère des Transports (qui n’a pas d’équivalent chez nos voisins et participe de l’exception française…) un ministre répondant au nom prédestiné de Borne. Discipline gouvernementale oblige, au jeu des milles bornes Elisabeth Borne choisit l'escargot. Mais, non contente de restreindre notre vitesse, elle s’afflige en outre de ne pas pouvoir veiller sur chacun des pas que nous faisons.

Ainsi regrette-t-elle que « 80 % des territoires ne [soient] pas couverts par une autorité organisatrice. Cela représente 30 % des Français dont personne n’est chargée d’organiser la mobilité. Forcément, cela ne peut pas bien marcher. »

Mon Dieu, c’est-il possible ? 30% des Français gambadent encore sans béquilles étatiques ! Madame le ministre du gouvernement En marche (prothèses Macron) en frémit : on peut prévoir que les malheureux n’iront pas loin. Comment subsisteront-ils sans l’assistance de l’Administration ? Ignorent-ils, ces inconscients, les dangers cachés que recèlent pour les promeneurs solitaires les routes communales, les sentiers campagnards, les allées forestières et les sous-bois où le loup revient ? Dame ! La liberté est si dangereuse ! Allez le demander à la chèvre de M. Seguin…

À cette idée madame Borne tourne chèvre. Comment ne pas paniquer à l’idée que Big-Brother Providence ne puisse pas exercer sa salutaire surveillance sur tous les instants de nos vies ? Que deviendrons-nous si l’Etat-nounou n’est pas là pour nous prendre en charge de lever au coucher ? Grâce à lui, la France ressemble à la famille américaine dont les enfants étaient (pour leur bien ?) séquestré par leurs parents, tous habillés de la même manière, appelés par des numéros et parfois enchaînés à leur lit. Il paraît que même parvenus à l’âge adulte, ces bienheureux protégés ne semblaient pas être âgés de plus de dix ans. Il en va de même des Français : leurs mouvements de plus en plus entravés, égaux jusqu’à l’uniformité, numérotés, recensés, fiscalisés, gérés, administrés, l’Etat leur garantit l’éternelle jouvence par l’infantilisation.

Areuh ! Areuh ! On en redemande !

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