Unef-ID : balance ton castor

Qui se douterait, à considérer le castor, petit animal aussi industrieux qu’un maçon portugais, qu’il peut se transformer en redoutable prédateur et pas seulement pour les arbres ? Il semble que soient particulièrement à craindre les castors aqueux ayant milité dans les rangs du Mouvement des Jeunesses Socialistes (MJS) et de l’Unef-Id – influent syndicat étudiant de gauche qui sert de passerelle entre les groupuscules trotskistes et le parti socialiste et de vivier de recrutement de cadres pour ce dernier.

Dans le cadre de la grande campagne féministe de dénonciation « balancetonporc », les révélations se multiplient concernant les turpitudes de ces organisations jusqu’à présent au-dessus de tout soupçon, puisque depuis des années elles font justement profession de féminisme, allant jusqu’à rédiger leurs tract(.e.s) en écriture inclusive Pourtant, d’anciennes militantes parlent et leurs récits, en s’accumulant (plus de 80 femmes ont déjà témoigné), écornent quelque peu la belle image de la gauche peignée de vertu et idéologiquement propre sur elle. Toutes dénoncent une pratique courante qui portait même un nom au sein de ces groupes politiques au sens de l’humour trop mal connu : la « castorisation », en référence au petit mammifère qui « construit avec sa queue ».

S’il s’agit de construire le monde de demain, le pire est à craindre ; car les castors juniors de la gauche estudiantine et morale ont brisé toutes les digues qu’ils prétendent construire contre le machisme à front de taureau et queue de rongeur. La « castorisation » que ces anciennes décrivent relève du fameux "droit de cuissage" inventé par les éducateurs républicains de la IIIe République pour flétrir la mémoire des seigneurs féodaux, mais qui est devenu au sein des organisations socialo-gauchistes une dure réalité. Une militante est dite « castorisée » lorsqu’un cadre masculin lui a inculqué intimement les fondements du progressisme féministe. Le catalogue des pratiques militantes et de la violence phallocratique au MJS et à l’Unef-id est édifiant : pressions, menaces, humiliations, domination, agressions et même viols. Chez Castor, il y a tout ce qu’il faut… et même un peu trop.

Timber !

Et cela ne date pas d’aujourd’hui, à en croire Le Monde, qui écrit que ces pratiques douteuses se transmettent « de génération militante en génération ». De nombreux témoignages – comme ceux des huit militantes accusant l’ancien président du MJS, Thierry Marchal-Beck – concernent les deux premières décennies des années 2000 ; mais s’il s’agit d’une « culture d’entreprise », ou tout au moins de syndicat, l’on peut se demander depuis quand elle existe. Les anciennes militantes des années 1980 commencent, à l’exemple de leurs cadettes, à déballer des anecdotes sordides et il apparaît que les castors étaient déjà actifs à cette époque.

La question n’est pas sans intérêt, si l’on se souvient que Jean-Christophe Cambadélis a présidé l’Unef-Id à l’époque où il militait au sein du Parti communiste internationaliste (PCI, trotskistes lambertistes), que Julien Dray en fut le vice-président lorsqu’il était membre de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, fondée par Krivine) et que d’autres anciens ministres socialistes, comme Harlem Désir ou Laurence Rossignol, également anciens de la LCR, Jean-Marie Le Guen et Manuel Valls venus du MJS, et un peu plus tard Benoît Hamon, s’illustrèrent aussi au sein de ce syndicat étudiant. Il va bien falloir que ces représentants patentés de la Conscience de gauche nous disent ce qu’ils savaient, ou pas, de ces pratiques.

Qu’en savait, par exemple, Laurence Rossignol, si prompte à pourchasser le patriarcat dans tous les recoins et les placards de la société française ? Madame l’ex-ministre des Droits des femmes n’avait-elle donc jamais entendu parler de ces abus de « camaraderie » commis dans ces groupuscules sectaires au sein desquels elle militait ? La question vient immanquablement à l’esprit lorsqu’on lit le témoignage courageux d’Annaïg Pi, qui fut membre du bureau national de l’Unef-Id. Les pressions et les menaces exercées sur les victimes, dit-elle, n’étaient pas seulement le fait des « castors », des hommes… Elles venaient également de femmes et « il paraitrait même que certaines de ces personnes sont aujourd’hui très investies dans le mouvement féministe », ajoute-t-elle.

Timber ! Les masques de l’hypocrisie tombent comme des arbres coupés. Par les castors, bien sûr.

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