Les catholiques ne seront pas bernés

Stéphane Bern s’est fait sonner les cloches par les évêques de France après sa proposition inspirée de faire payer l’entrée des cathédrales. Chargé par Macron de sauvegarder le patrimoine en péril, le sémillant présentateur de Secrets d’histoire – émission télévisée de bonne tenue – pensait avoir ainsi trouvé un moyen commode de subvenir à l’entretien de ces bâtiments.

Soyons juste : l’aimable Stéphane n’imaginait pas de faire payer l’entrée aux fidèles, au risque de les entendre dire « J’ai déjà donné ! » au moment de la quête et de laisser les plus démunis sur le carreau du parvis, ce qui s’accorderait mal avec la charité chrétienne et l’amour préférentiel du Christ pour les pauvres. Il ne projetait pas davantage lever un impôt sur la pratique religieuse, en dérogeant au principe « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », mais envisageait de faire raquer les seuls touristes. Après tout, comme l’a dit Eric Zemmour, qui défend cette idée, si les Chinois veulent visiter nos cathédrales, ils peuvent bien acheter un ticket. Reste à savoir comment on différencie un croyant d’un touriste et, à plus forte raison, d’un touriste croyant – fût-il chinois… S’il suffit de se signer pour éviter de payer, on peut prévoir que le Bon Dieu y retrouvera plus facilement les siens que les caissiers leurs recettes.

L’héroïque sauveteur du patrimoine en péril pensait avoir trouvé une solution : « Je suggérais de faire payer l'entrée de Notre-Dame aux visiteurs touristiques – qui empêchent du reste les croyants de se recueillir – en dehors des heures où s'y rendent les fidèles », a-t-il expliqué. Ainsi, l’entrée serait libre aux heures des offices et payante le reste du temps. Hélas, les fidèles catholiques, plutôt capricieux, sont susceptibles de se rendre dans une cathédrale à toute heure, pour prier, allumer un cierge, rencontrer un prêtre, se confesser – bref, adorer Dieu quand bon leur semble et quand bon Lui semble.

Fallait pas voler les églises !

Effaré par la cascade de réactions provoquée par sa suggestion, Bern a fait savoir qu’il l’avait piquée à l’Observatoire du patrimoine religieux, une association fondée en 2006 pour « œuvrer à la préservation et au rayonnement du patrimoine religieux français ». Sur le site de celle-ci, figure en effet un article intitulé « Rendre les églises payantes : un débat à ouvrir », dans lequel on peut lire : « Le patrimoine religieux est majoritairement public (plus de 45 000 édifices) et génère d’importants flux touristiques. Pourtant, les retombées financières de cette économie en demeure (sic !) sous exploitées. » Qu’en termes commerciaux ces choses-là sont dites ! À l’époque du Christ, les marchands du Temple commerçaient à l’intérieur du saint lieu, aujourd’hui ils prétendent vendre le temple lui-même.

Toutefois, il n’est un secret d’histoire pour personne qu’avant de vouloir louer les églises, l’Etat les a volées en 1905, en spoliant l’Église, mais aussi en tenant pour nuls et non avenus la volonté et les efforts des générations de chrétiens –c’est-à-dire de Français – qui, au fil des siècles, les ont bâties, embellies et entretenues, ad majorem Dei gloriam comme disent les jésuites. Les catholiques n’avaient rien demandé, ils étaient même farouchement opposés à cette dépossession. Or, la loi de 1095 elle-même prévoit la gratuité de l’accès aux lieux de culte.

Les francs-maçons, qui étaient alors à la manœuvre, avaient cru jouer un mauvais tour aux catholiques en "volant" leurs églises et beaucoup d'autre biens aux "calotins" ; il s’avère aujourd’hui qu’ils ont surtout plombé les finances publiques. Tant pis, ou tant mieux, et trop tard, en tout cas ! Tel est pris qui croyait prendre. Et, en tout état de cause, il n’y a pas de raison que les cathos se fassent de nouveau berner.

Au reste, cette éventualité ne semble déjà plus d’actualité. Échaudé par la polémique qu’il a provoquée, Stéphane Bern paraît être aujourd’hui retourné à ses moutons, sans plus se soucier de faire payer un droit de pâturage aux brebis du Seigneur. Quant aux dividendes à tirer de l’économie touristico-religieuse... bernique !