Ah ! Si Marlène avait été là !


À l’époque où, encore adolescent, je lisais Tristes Tropiques de Lévi-Strauss et les albums Atlas des peuples du monde, les tribus amazoniennes où les jeunes filles devenaient mères à douze ans m’apparaissaient comme le comble de l’exotisme. Je n’avais pas compris que ces gamines étaient simplement en avance sur ma propre civilisation issue, comme chacun sait, de Mai 68. La libération sexuelle n’en était qu’à ses balbutiements et n’avait pas encore produit les brillants effets que nous constatons aujourd’hui, avec par exemple le « hashtag balancetonporc », qui atteste des progrès de la guerre des sexes – je veux dire, des relations entre les sexes.

Un nouvel exemple en a été fourni par l’acquittement d’un homme poursuivi pour viol après avoir eu une relation « consentie » avec une mineure de 11 ans, alors que lui-même était âgé de 22 ans au moment des faits. Comme il est indispensable, chaque fois que se produit une réaction médiatique, que le gouvernement intervienne pour prouver sa réactivité, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargé de l’égalité des femmes et des hommes, a produit une idée : il s’agirait de fixer l’âge du consentement sexuel à 13 ou à 15 ans, seuil au-dessous duquel un mineur ne pourrait pas être considéré comme « sexuellement consentant ».

Heureusement que Marlène n’était pas secrétaire d’Etat en 1993, quand Emmanuel avait quinze ans et apprenait le français dans la classe de Brigitte !