Wauquiez : portrait d'un convaincu

Quand on me parle de convictions, je dégaine les déclarations de Laurent Wauquiez. Voilà un homme « droit dans ses bottes », comme disait Juppé qui s’y connaît. Le 11 octobre dernier, sur le plateau de Zemmour et Naulleau, le candidat à la présidence des Républicains l’affirmait d’ailleurs avec force : plus convaincu que lui, on chercherait vainement parmi le personnel politique actuel. La démagogie lui est aussi étrangère qu’à Nicolas Sarkozy ou à Nathalie Kosciuzko-Morizet, par exemple. La preuve : il s’applique presque aussi bien qu’eux à écorcher la langue française et à dire « chuis » (pour « je suis… ») chaque fois qu’il estime nécessaire de parler de lui (souvent). J’imagine les efforts, les cours de diction et les heures d’entraînement que cette prouesse a dû et doit encore demander à ce malheureux normalien, qui a sottement perdu son temps à majorer l’agrégation d’histoire avant de finir à l’ENA, comme n’importe que politicien. Ceux qui suspecteraient dans cet exercice difficile un brin de démagogie, justement, ont tout faux : chuis bien sûr que, renonçant aux imparfaits du subjonctif qui sont la marque des classes dominantes, il essaie seulement de se mettre à la portée du populo, la mienne, la vôtre et celle du chihuahua de ma voisine.

C’est donc la voix claire et le cœur affermi qu’il jurait ses petits dieux, chez Zemmour et Naulleau, que jamais, au grand jamais, on ne le surprendrait à retourner sa veste, comme tant d’autres avant lui. À bien y regarder, c’est pourtant ce qu’il avait fait quelques jours auparavant en déclarant qu’il ne reviendrait pas sur la loi Taubira dénaturant le mariage, contre laquelle il avait pourtant manifesté dans les rangs de la Manif pour tous. Il est vrai qu’il y a prescription, puisqu’il y a déjà quatre ans de cela – autant dire une éternité démocratique…

Pour enfoncer le clou, le tout nouveau tout beau directeur de campagne de Wauquiez, Geoffroy Didier, dont chaque apparition à l’écran me rappelle la fameuse exclamation de Gabin dans Pépé le Moko : « Une telle tête d’hypocrite, c’est presque de la franchise ! », a indiqué qu’il était même favorable, pour sa part, à la GPA sans père.

Je suppose que Wauquiez attendra, pour se mettre au diapason de son foireux lieutenant, qu’une loi en ce sens ait été votée et qu’ait joué le fameux « effet cliquet », au titre duquel les conservateurs s’appliquent à conserver toutes les lois révolutionnaires sitôt que la gauche les a votées. Avec de tels sauveteurs, la droite n’a pas fini de nager. Au fait, que reste-t-il des convaincus, une fois qu’ils ont été vaincus ?

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