La démocratie réduite à Obono

Pour percer en politique, aujourd’hui, mieux vaut être une femme, de gauche, voire d’extrême gauche, pas trop mûre, ni trop blanche, possédant une double nationalité et pourvue d’un culot en béton armé. Franco-gabonaise, issue de la Ligue communiste révolutionnaire, proche des Indigènes de la République, aujourd’hui député du parti mélenchoniste et grande gueule s’il en est, Danièle Obono a donc tout pour réussir.

Elle y parvient d’autant mieux qu’elle a choisi d’occuper un créneau où l’on ne se bouscule pas ces temps-ci : celui de la défense des musulmans radicaux. Pas une défense de mammouth, qui consisterait à qualifier de martyr l’ignoble assassin de jeunes filles comme l’a fait récemment une certaine Sonia Nour, collaboratrice du maire communiste de La Courneuve (ce dernier, depuis, a sagement décidé se passer de ses services). Obono procède plutôt par dénégation : un chauffeur de bus maghrébin refuse-t-il de travailler avec des femmes ? Rien ne prouve qu’il soit musulman, dit-elle, il peut s’agir d’un vulgaire macho-sexiste outrecuidant. Elle réinvente, en quelque sorte, une version politique du jeu enfantin de « vrai ou faux », qui consiste à nier les évidences ou à mentir avec une assurance impavide, charge aux autres joueurs de démêler le vrai du faux. Je crois me souvenir que chez les marxistes, on appelle ce jeu le « matérialisme dialectique ».

Les auditeurs de France Info ont eu une occasion récente de s’y exercer, Obono ayant émis sur cette radio une série d’affirmations gratuites et de contre-vérités grossières : « Est-ce qu’il y a des personnes qui, au nom de leur religion, ont une idéologie réactionnaire et discriminante ? Oui, bien sûr. (…) De toutes les religions, de l’islam, du christianisme… Je vous rappelle qu’il y a quatre ans, on a eu l’occasion d’en parler puisqu’il y a eu un reportage là-dessus, il y a eu des dizaines de milliers de personnes qui sont descendues dans la rue, au nom de leur religion, pour s’opposer à une loi qui a finalement été votée, c’était la loi pour le mariage pour tous. »

Saluons la prouesse, il est difficile de réunir autant de bobards en si peu de phrases : la confusion entre réaction et discrimination ; la réduction des foules immenses qui ont défilé contre la loi Tautau à quelques dizaines de milliers de personnes (chiens et chats compris ?), censées être descendues dans la rue, non pour défendre l’institution du mariage et le droit des enfants à avoir un père et une mère, mais « au nom de leur religion » (Obono compte-t-elle au nombre des obscurantistes catholiques la philosophe Sylviane Agacinski, épouse de Lionel Jospin, ou Simone Veil, que l’on avait vu se mêler aussi aux manifestants ?) ; ou encore, la dénonciation de la pratique prétendument antidémocratique qui consisterait à manifester contre une loi pas encore votée.

Pourtant, le 19 septembre dernier 2017, Obono gazouillait joliment sur son compte Twetter : « La démocratie est née aussi dans la rue. Faire grève, manifester, c’est un droit fondamental ». Et ce droit, elle l’exerce volontiers, comme le montre une photo également publiée par ses soins sur Tweeter, prise le 23 septembre dernier, au cours lors de la manifestation contre la réforme du droit du travail :

Madame le député d’extrême gauche serait-elle antidémocrate ? Ou considère-t-elle que seules les manifestations qui lui agréent sont démocratiques, toutes celles qui ne vont pas dans son sens étant réputées fascistes ? « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté », comme disait Saint-Just… Et c'est moi, Obono, qui décrète qui sont les amis et les ennemis de la liberté. C'est si commode, la morale de gauche...

Ce salmigondis d’approximations, de mensonges et d’amalgames grossiers trouve, dans ces propos tenus sur France info, une conclusion en forme de feu d’artifice, un bouquet final d’inepties et d’incohérences à peu près inintelligibles :

« Oui, il y a des personnes qui utilisent leur religion comme une justification de leur comportement réactionnaire et qui justifient, y compris les actes, d’autres personnes, c’est peut-être pas exactement les mêmes, d’autres personnes, qui le justifient pour commettre des actes de terrorisme. (…) Oui, il y a une instrumentalisation et une justification de la religion pour commettre des actes de discrimination qui sont sanctionnables et doivent être sanctionnés et pour commettre, dans d’autres cas et sans qu’il y ait obligatoirement un lien direct immédiat, unique avec ce fait-là, ça peut être une composante, pour commettre des actes de terrorisme. »

Comme le disait Boileau, « ce qui se conçoit bien s'énonce clairement - Et les mots pour le dire arrivent aisément. » La Franco-gabonaise devrait s’essayer au chinois, elle le maîtriserait peut-être mieux que le français.

Voilà qui siège sur les bancs de l’Assemblée nationale et vote les lois régissant la nation française ! C’est la démocratie réduite à Obono... De ce discours erratique, on retiendra néanmoins le message principal : les religions, aussi bien le christianisme que l’islam, sont susceptibles de verser dans le terrorisme lorsqu’elles sont « instrumentalisées » par la « réaction » : par conséquent, les sympathisants de la Manif pour Tous doivent être mis sur le même pied que les islamistes les plus radicaux, et les écraseurs de pâquerettes dénoncés naguère par Bertrand Delanoë, dans le même sac que les égorgeurs de jeunes filles. Mathématique !

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