Itinéraire d’un enfant gâté


Le 19 juillet, cinq jours après le défilé des troupes françaises sur les Champs-Elysées, le chef d’état-major des Armées, Pierre de Villiers, a spectaculairement démissionné, sans attendre la convocation qui lui avait adressée le président de la République pour le surlendemain, ni assister à la réunion du conseil de Défense hebdomadaire organisée le jour même à l’Élysée. Signe très explicite du soutien des armées à leur chef et désaveu pour le chefaillon de l’État, le général a quitté le ministère sous les applaudissements, longs et nourris, de ses subordonnés rangés en haie d’honneur.

Pour l’Élu, qui s’imaginait avoir fait montre d’autorité, cette démission est un soufflet, un camouflet qui le contraint à se rendre sur une base militaire pour promettre à la hâte aux militaires en colère une augmentation des crédits alloués à l’Armée. Quid de la réduction annoncée de 850 millions en 2017, qui a provoqué le conflit avec le général de Villiers ?

La démission de Pierre de Villiers a contraint Emmanuel Macron à se rendre sur la base aérienne d’Istres, pour s’y livrer à un numéro de charme destiné à apaiser les militaires. Son orgueil a dû en souffrir. Sans doute pour « faire corps » avec la troupe, ou pour prendre de la hauteur, il a cru bon de se déguiser en aviateur. Jupiter se prend pour Mars, le dieu de la guerre. Mais l’uniforme ne fait pas plus le soldat que l’habit ne fait le moine ou le glapissement le lion. Il ne suffit pas non plus d’afficher un autoritarisme qui lui va comme des lunettes à un merlan frit pour avoir l’air royal ; la royauté de Macron ressemble à celle d’Ubu : "De par ma chandelle verte, ce général de Villiers va rentrer dans le rang ! Wouaf ! Wif ! Ouah ! Ouah !". Hélas, sire, il vient de vous claquer la porte au nez.

Le lendemain, Christophe Castaner accusait publiquement le général de déloyauté (un mot que les politiciens connaissent bien) et le traitait de « poète revendicatif ». Il n’est pas imaginable que dans de telles circonstances, le porte-parole du gouvernement ait pris seul l’initiative de cette attaque contre l’ancien chef d’état-major, sans l’aval du président. Sans doute était-il au contraire missionné pour cela. C’est une exécution – ou une tentative d’exécution – par procuration, le coup de pied de l’âne vengeur et mesquin du petit maître qui a sous-estimé l’opposition de celui qu’il prenait pour son valet.

Mais la véritable autorité ne se réduit pas à un exercice de communication monté en jeu de rôle sur le thème du souverain. On sait que les énarques, surtout passés par l’Inspection des finances, sont bons à tout, jouent mieux aux soldats que les généraux, aux entrepreneurs que les chefs d’entreprise, aux historiens que les chartistes... La guerre, hélas, n’est pas un jeu et pour un guerrier qui risque sa peau, les euros grappillés sur le budget des équipements par les économes de Bercy sont moins précieux que leur sang et celui des camarades.

Au fait, la querelle de l’Hénarque avec le chef d’état-major fait glisser le masque du président sympa, jeune et moderne dont il s’était affublé. Elle confirme ce que l’on pressentait et savait de lui, par ce qu’il en avait laissé paraître dès le soir du premier tour de l’élection présidentielle, en tançant les journalistes après le dîner organisé à la Rotonde : « Si vous n’avez pas compris que c’était mon plaisir ce soir d’inviter mes secrétaires, mes officiers de sécurité, les politiques, les écrivains, les femmes et les hommes qui depuis le début m’accompagnent, c’est que vous n’avez rien compris à la vie. » C’était déjà la réaction d’un enfant gâté, qui tape du pied quand on s’oppose à son caprice.

Ce caractère est inquiétant. Il y a du Manuel Valls en Macron, dans ses coups de menton et ses colères, mais aussi dans son incapacité à supporter la moindre contradiction. Il y a là beaucoup de vanité, le narcissisme d’un homme qui n’a pas connu d’échec et qui se croit élu par ses propres mérites, beaucoup plus que par le peuple français. Beau quinquennat en perspective !

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