Madame Bobo a des bobos

Les journalistes ont rapporté et commenté le plus sérieusement du monde, à la veille du deuxième tour de la présidentielle, « l’agression » féroce perpétrée sur Nathalie Kosciusko-Morizet par un certain Vincent Debraize, maire de la commune de Champignolles, un nom qui fleure pourtant bon la France profonde et l’omelette aux cèpes. Rencontrant NKM sur un marché, cet hurluberlu lui a jeté à la face les tracts qu’elle était en train de distribuer, en la traitant de « bobo de m… ». Le coupable soutient qu’il a dit « bobo de droite », ce qui ne change pas fondamentalement la matière du propos. À l’en croire, la tracteuse (femelle urbaine du tracteur), faisant assaut de fin esprit et d'affabilité, lui aurait elle-même lancé : « Dégage connard ! »...

Si ce genre de saynète constitue une « agression », je veux bien être changé en militant socialiste et mis sous verre au musée de la préhistoire. Selon le récit d’un photographe de l’AFP témoin de l’attentat, le malotru n’aurait d'ailleurs pas touché sa victime, qui se serait elle-même envoyé « sa propre main dans sa figure » en tentant de se protéger du jet de tracts. Si j'ai bien compris, elle aurait alors reculé, chuté, se serait cogné la tête, aurait pensé en un clin d’œil : « C’est bon, ça, ma cocotte, je vais refaire mon retard du premier tour… », et serait tombée en pâmoison avant de partir à l’hôpital faire homologuer sa bosse. Vincent Debraize, quant à lui, assure avoir été poursuivi et pris à partie par des nervis nkmistes du genre tontons macoutes.

Normalement, dans ce genre de films, Charlot survient, boxe le vilain bonhomme, offre à la dame un bouquet de fleurs qu'il sort on ne sait d’où et s’en va en faisant tourner sa canne. The end.

Ici, la fin change un peu. Placé en garde à vue pour « violences volontaires sur personne chargée d’une mission de service public », l’ardent Debraize a été relâché au mépris de la sécurité des citoyens et de l'état d'urgence : il sera jugé le 11 juillet prochain. Quant à NKM, son bobo de bobo n’a pas suffi à dissuader les électeurs de l’envoyer en convalescence pour cinq ans – et davantage si possible, mais je crains que l'on ne s'en débarrasse pas si facilement : madame bobo est plus collante qu’un pansement.

Pour conclure, cette triste histoire m’inspire deux réflexions, l’une sur la rapidité de réaction inaccoutumée de l’institution judiciaire quand la politique paraît dans le prétoire, et l’autre sur la singulière évolution de la notion de service public. Si je distribue des tracts à mon effigie, puis-je espérer une rémunération de l’Etat ?

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