Calcul démocratique Un communiste vaut dix lepénistes

En République, tous les Français sont égaux, mais comme le veut une plaisanterie aussi éculée que souvent vérifiée, certains sont plus égaux que d’autres. Les résultats des dernières législatives, et la répartition des sièges de députés dans la nouvelle assemblée, le confirme une fois encore.

Les radicaux de gauche (PRG) obtiennent 3 députés avec 0,36 % des suffrages exprimés. 0,12

Le parti communiste a 10 sièges avec 1,2 % des suffrages exprimés. 0,12

La France insoumise, 17 élus avec 4,86 %. 0,28

Le parti socialiste, 29 sièges avec 5,68 %. 0,19

Le Modem, 42 sièges avec 6,06 %. 0,14

Le Front national, 8 élus avec 8,75 % des suffrages exprimés. 1,09

Les amateurs de suite logique trouveront l’erreur sans beaucoup de mal.

On fera valoir que les candidats du FN sont localement moins bien implantés. Cette explication ne justifie rien, puisque les députés ne sont justement pas censés représenter ceux qui les ont élus, mais le peuple français dans son ensemble – ce qui constitue d’ailleurs un argument puissant en faveur de la proportionnelle. Un autre argument pointerait l’effet du « front républicain », en soulignant ainsi son caractère antidémocratique et sa conséquence inégalitaire.

En effet, un élu communiste ou radical de gauche « vaut » donc 0,12 % des suffrages exprimés à l’échelle nationale ; un élu du Modem avec 0,14 % ; un socialiste avec 0,19 % ; un mélenchoniste, avec 0,28 % ; et un lepéniste avec 1,09 %.

Quant au nouveau parti libéral-libertaire de la République en marche, il a obtenu avec 306 sièges avec 43,06 % : chacun de ses députés équivaut donc à 0,14 % des suffrages exprimés. (Il est par ailleurs remarquable que les macroniens disposent de la majorité absolue à l’Assemblée nationale en ayant obtenu les suffrages de 7,8 millions d’électeurs sur 47,3 millions d’inscrits, soit 16,5 % du corps électoral).

Il faut donc admettre qu’un électeur mélenchoniste pèse deux fois moins qu’un bayrouiste ou qu’un macronien, et qu’un communiste ou un radical de gauche vaut une dizaine de lepénistes.

Cela peut être un choix politique. Mais la prochaine fois qu’un grand prêtre de la République viendra me parler de la déesse égalité, je lui répondrai qu’on ne compare pas plus les choux et les carottes qu’on n’additionne les électeurs, dans la démocratie française.

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