Le coquelet sous la serre de l’aigle

« Un aigle noir a plané sur la ville, il a juré d’être victorieux », chantait-on en France en 1916 pour célébrer les défenseurs de Verdun. Les paroles de ce chant de « l’arrière » ne valaient pas grand-chose et la musique guère mieux, mais elles me sont revenues à la mémoire en voyant les images de la première rencontre entre notre nouvel Elyséen et Angela Merkel.

Voilà déjà un certain temps que nos présidents ont pris l’habitude, à peine élus, d’aller à Berlin prêter l’hommage vassalique à la chancelière allemande : Sarkozy s’y était rendu le 16 mai 2007, puis Hollande le 15 mai 2012, pour un voyage éclair au vrai sens du terme : signe annonciateur du quinquennat, l’avion de Flamby, frappé par la foudre, avait dû faire demi-tour. Le 15 mai, c’était au tour d’Emmanuel Macron d’accomplir ce voyage obligé.

Tout est symbole. Le discours de l’Elu à ses partisans devant la pyramide du Louvre, au soir de son élection, avait été symbolique ; et symbolique aussi, la conférence à deux prononcée par Emmanuel et Angela sous les ailes déployées de l’aigle allemand peint en bleu sur le mur, derrière eux.

Qu’il soit romain avec César, français sous Napoléon, russe, autrichien ou allemand, l’aigle est emblématiquement plus impérial et dominateur que pacifique. Et l’on aura beau tenter de l'apprivoiser dans la catégorie des "rapaces utiles", rien n’empêchera qu’auprès de cet habitant des cimes, le coq, même dressé sur ses ergots, sentira toujours sa basse-cour. D’un politicien mal doué, l’on dit volontiers que ce n’est pas un aigle, mais on ne lui reprochera pas de n’être pas un coq. À Berlin, Macron avait tout au plus l’air d’un poulet. Sous l'Aigle stylisé, le Français tend la main, l’Allemande la serre…

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