La Révolution carambar

Ce titre à la une du Figaro du 10 mai : « François Baroin : " Si nous gagnons en juin, nous donnerons la priorité aux baisses d’impôts ". » Il paraît que les Français veulent du nouveau, les voilà servis.

La promesse de Baroin me rappelle un vieux souvenir de classe. C’était au lycée Carnot, à Paris, sous la présidence de Georges Pompidou, à une époque semi-médiévale où ni Internet, ni le téléphone portable, ni Emmanuel Macron n’étaient nés et où nous parvenions pourtant, tant bien que mal, à survivre au fond de nos cavernes en croquant des cuisses de mammouth, comme je le raconte parfois à mes enfants. L’Education nationale, administration d’une modernité déjà stupéfiante, venait d’inventer le concept de « chef de classe », titre réduit par la suite à celui de « délégué », plus soviétique, égalitaire et citoyen. L’un de nos camarades avait promis à chaque électeur inscrit de la classe un carambar en échange de son vote. Tout allait pour le mieux et notre représentant était plébiscité, quand un rival, peut-être stipendié par la firme malabar, vendit la mèche au professeur. Le digne enseignant nous infligea un cours de morale républicaine et cassa l’élection, privant de facto de carambars l’ensemble du corps électoral. Pourtant ce camarade avait tout compris à la démocratie, comme le montrent aujourd’hui l’exemple de François Baroin et l’élection d’Emmanuel Macron.

Il suffit pour s’en convaincre de considérer les scores que ce dernier a réalisés au second tour de la présidentielle dans les villes bourgeoises de la région parisienne, comme Versailles ou Fontainebleau. Les populations qui habitent ces communes cossues s’étaient en grande partie laissé tenter par le vote Fillon au premier tour, ce qui trahissait déjà une certaine confusion dans les esprits. De nombreux Versaillais et Bellifontains avaient en effet manifesté, à l’appel de La Manif Pour Tous, contre la loi Taubira dénaturant le mariage. Ils avaient clamé haut et fort leur intention de ne rien lâcher, de défendre jusqu’au bout les enfants menacés d’être adoptés par des homosexuels et ainsi privés de papa ou de maman. Ils avaient dénoncé cette loi qui portait atteinte au bien commun, comme Tautau elle-même leur avait confirmé en leur riant au nez : oui, il s’agissait bien d’un choix de civilisation.

Or, ayant le choix entre une candidate qui voulait supprimer cette législation scélérate et un candidat qui proposait tout au plus de revenir sur l’un de ses aspects concernant la filiation – mais conservait de facto le principe de l’adoption elle-même –, c’est celui-ci qu’ils choisissaient !

À tous ces braves gens, le joli manoir, les chouettes costards (merci Bourgi), la veste matelassée du meilleur chic, les souvenirs de rallye et les airs de vieux premier communiant de François Fillon, qui vous vendrait le bon Dieu sans confession, parlaient sûrement davantage que les attitudes populaires ou populistes de Marine Le Pen – qui, convenons-en, ne faisait d’ailleurs aucun effort pour les séduire. Nous ne lâcherons rien, mais surtout pas nos codes sociaux... Et puis, les médias avaient brouillé les cartes en confondant sciemment Sens commun et La Manif pour tous, afin d’accoler au Sarthois l’étiquette, infamante à leurs yeux, de catholique conservateur. La propagande, ça marche !

Mais au deuxième tour, on allait voir ce qu’on allait voir. Cette fois, plus de Sens commun qui tienne. Plus de confusion dans les esprits. D’un côté, la patrie, la souveraineté nationale et, en matière de lois civilisationnelles, toujours la volonté d’abroger la loi Taubira ; de l’autre, la Finance, le mondialisme, les « valeurs » maçonniques et les conceptions les plus libertaires en matière « sociétale », avec l’objectif avoué de mettre en œuvre toutes les conséquences de la loi Tautau, qu'il s'agisse de la PMA sans père ou de la reconnaissance par l’état-civil français de la filiation supposée des enfants nés de mère porteuse à l’étranger – premier pas vers la légalisation de cette pratique en France, quoiqu’en prétende le nouveau président.

Oui, mais la hausse de la Bourse ; le cours des actions ; le prix de l’immobilier... La garantie du patrimoine personnel ne vaut-elle pas mieux que la préservation du patrimoine national ? Et les biens personnels, ceux que l’on enregistre devant notaire ou que l’on accumule chez son banquier, ne priment-ils pas sur le bien commun, un peu plus immatériel ? Nous avons donc vu ce que nous devions voir : un vote de classe. Plus 76 % des suffrages exprimés pour Macron à Versailles, autant à Fontainebleau… Nous ne lâcherons rien, mais

surtout pas nos picaillons, nos portefeuilles et nos actions !

Macron, ce n’est tout de même pas la Révolution, diront ces gens de biens en leur sagesse bourgeoise. Eh si, pourtant ! C’est le nouveau continuateur de la Révolution qui est au pouvoir et poursuit depuis un siècle et demi son travail de sape de la civilisation française et chrétienne. Mais voilà un siècle et demi aussi que nos conservateurs ont compris que la Révolution ne menaçait pas leurs patrimoines. C’est pourquoi ils ont choisi de conserver la Révolution.

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