Merci patron !


Noël ! Noël ! Nous avons enfin un nouveau premier ministre. Depuis plusieurs jours un nom était sur toutes les lèvres, la veille les rédactions ne bruissaient que de cela : Edouard Philippe était pressenti. Il était annoncé que le nom du favori de l’Élu serait publié le lundi 15 mai, à 8 heures du matin, avant que le nouveau président ne prenne son vol pour courir prêter l’hommage vassalique à Angela Merkel, à Berlin. Après un suspens insoutenable, le nom attendu est tombé en début d’après-midi ; et, à l'absence de surprise générale, il s’agissait bien d’Edouard Philippe !

L’heureux promu est maire du Havre, ancien porte-parole de Juppé avec son collègue Apparu lors de la primaire-de-la-droite-et-du-centre, à l’issue de laquelle l’édile bordelais fut renvoyé à sa chère mairie par l’électorat de droite, en dépit du renfort de quelques centaines de milliers de voix venues, paraît-il, de la gauche. Au sein même des « Républicains », de nombreux dignitaires s'étaient alors félicités de la mise au rancart escomptée de ces deux babillards, qui, certains de la victoire de leur champion, faisaient assaut de suffisance et d’arrogance depuis des semaines. C’était mal connaître François Fillon. L’ancien premier ministre, qui a la nature d’une éponge, les intégra derechef à sa propre équipe de campagne. Pour l’en remercier, le bon Edouard attendit qu'il fût embourbé dans les « affaires » pour le lâcher publiquement, début mars. La politique n'a pas d'entrailles.

Pourtant, au mois de janvier dernier, Edouard ne trouvait encore pas beaucoup d’attraits à Emmanuel, qu’il qualifiait aimablement dans Libération de « banquier technocrate », ou de « patricien, qui après avoir franchi toutes les étapes du cursus honorum se présente en tribun adepte d’un populisme désinvolte » et « n’assume rien mais promet tout, avec la fougue d’un conquérant juvénile et le cynisme d’un vieux routier ».

Macron, à cette époque récente, rendait encore perplexe l’ancien juppéiste, qui s’interrogeait à son propos : « De quoi restera-t-il le nom ? D’une révolution manquée ou d’une victoire éclair ? D’une trahison misérable ou d’une ambition démesurée ? Personne ne peut le dire aujourd’hui ».

Quatre mois plus tard, il a trouvé : Macron restera le nom du patron d'Edouard, de l'excellent homme qui lui a donné une place qu’il n’aurait jamais pu espérer sous la présidence de Fillon, et probablement pas davantage sous celle de Juppé. Il lui en restera reconnaissant aussi longtemps qu'il y trouvera son intérêt. Merci patron !

Mots-clés :