Merci Marion


Marion Maréchal Le Pen se retire de la vie politique et son grand-père l’accuse de désertion. Il est gentil, papy, mais sa petite-fille a bien raison de préférer accomplir son rôle de maman auprès de sa fillette de trois ans, plutôt que de céder aux fulminations des vieux. En outre, le soldat Marion a quelques motifs de douter de l’utilité de son sacrifice. La politique partisane, avec ses querelles de clans, ses petites vilenies, ses luttes de pouvoir mesquines, est trop souvent un champ de déshonneur et le Front national, ou le Rassemblement Bleu Marine, ou quoi que ce soit s’il change de nom, n’échappe pas plus à la règle que les autres partis. Ceux qui ont décidé de faire carrière dans ce terrain miné s’y font sans doute mieux que les natures droites.

À n’en pas douter, Marion Maréchal Le Pen possède une nature droite et une tête bien faite, comme elle l’avait encore montré récemment lors d’une interview réalisée dans l’émission Polonium, de Natacha Polony. Autant dire que son retrait n’est pas une bonne nouvelle. Mais, d’une part, elle est mère. Si elle se doit à la France, elle se doit d’abord à son enfant. Ce n’est pas une désertion, c’est un choix d’avenir. Rien n’est plus respectable, plus cohérent, plus responsable que sa déclaration le 10 mai sur TV Libertés : « Je suis de celles qui pensent que si on est défaillante à l’égard de sa petite nation, c’est-à-dire sa famille, je ne vois pas comment on peut être performant à l’égard de sa grande nation. »

D’autre part, même si elle a la sagesse de n’en rien dire, elle s’est probablement heurtée à la difficulté d’infléchir la ligne du parti vers des choix politiques correspondant mieux à ses convictions. Lors du congrès du Front national de novembre 2014, c’est elle qui avait été le mieux élue par les adhérents au comité central du Front national, loin devant Florian Philippot ; et c’est pourtant la ligne de ce dernier que Marine Le Pen a privilégiée. Il est possible et compréhensible que Marion n’ait pas souhaité entrer contre sa tante dans une querelle d’Atrides.

Enfin, c’est peut-être bien parce que la politique, en France – et pas seulement au Front national – ne ressemble pas à ce qu’elle devrait être, qu’elle la quitte, au moins momentanément. C’est assurément dommage pour la France, qui – c’est ma conviction –aurait besoin de moins de Marianne et de plus de Marion. Mais la petite fille de Jean-Marie Le Pen fait passer, une fois de plus, un souffle d’air frais dans la vie politique française. C’est une raison, parmi tant d’autres, de lui dire merci.

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