Travailleurs détachés : la question n’est pas "clause"


Le barrage de la langue ne doit pas protéger l’emploi des Français, celui-ci dût-il être submergé par un flot de travailleurs détachés. Selon Marianne Thyssen, commissaire européen à l’emploi, la « clause Molière » serait illégale au regard de la réglementation eurocratique.

Cette clause, adoptée par plusieurs régions (Ile-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France, Pays de la Loire, Normandie, Centre-Val de Loire), départements (Charente, Nord, Vendée, Haut-Rhin, Corrèze) et communes (Angoulême, Chalon-sur-Saône, Montfermeil), prévoit d’imposer l’usage de la langue française sur les chantiers de construction publics. Elle a pour but de lutter contre la concurrence déloyale à laquelle le recours aux travailleurs détachés soumet les travailleurs français dans leur propre pays. Il s’agit de dissuader les entreprises d’employer des ouvriers temporairement venus de pays européens, en payant les cotisations sociales dans le pays d’origine, où elles sont moins élevées qu’en France, comme les y autorisent les règles du « détachement ».

En exigeant de ces travailleurs étrangers qu’ils sachent parler français, les collectivités locales qui passent les marchés publics ne cherchent pas tant à favoriser les Français, ce qui ne serait pas illégitime en soi, qu’à empêcher qu’ils ne soient défavorisés. Quand on compte officiellement plus de 6 millions de demandeurs d’emploi en France – sans compter les chômeurs qui ne sont pas ou plus inscrits à Pôle emploi… –, ce genre de condition à l’accès aux marchés publics paraît relever du plus élémentaire bon sens.

Le bon sens réactionnaire

Or, le bon sens est devenu dangereusement réactionnaire. Aussi réactionnaire que de vouloir restaurer une préférence nationale quand ceux qui nous gouvernent n’ont de cesse d’instituer la préférence étrangère, que Nicolas Sarkozy avait déguisée sous l’appellation de « discrimination positive ». Les adeptes du politiquement correct ont donc recouru aussitôt aux formules habilitées, en dénonçant le « repliement sur nous-mêmes », le « piège du repli nationaliste », une mesure « xénophobe », « stigmatisante », « raciste », « discriminatoire », « démago », voire – horresco referens – « identitaire » ! Bref, pas très sympathique, si l’on comprend bien… Et certes, il est beaucoup moins démago, xénophobe et discriminatoire d’expliquer aux ouvriers français, comme Emmanuel Macron à ceux de Whirlpool, qu’ils peuvent compter sur les plans de formation pour les aider à se reconvertir : dans l’élevage du lapin à plumes ou la production du fil à couper le beurre, par exemple ?

Heureusement, l’Europe est là pour contraindre les Français à la modernité raisonnée. Le 19 mars dernier, Marianne Thyssen a ainsi jugé, dans le Parisien, que la clause Molière « est une discrimination contraire à la législation européenne » et condamné « ce type de protectionnisme ». À plus forte raison, la France n’aurait pas le droit de suspendre la directive européenne sur les travailleurs détachés, car « c’est une loi européenne qui découle du principe de libre circulation ».

La loi européenne interdit donc à la France de protéger le travail de ses propres citoyens. Comme aurait dit le Tartuffe, couvrez cette clause Molière que je ne saurais voir.

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