Macron la gaffe, entre bourdes, ratés et râteaux


S’il n’a pas la dégaine sympathique du Gaston de Franquin, cher au cœur des « bédéphiles », Emmanuel Macron pourrait en revanche concourir contre lui dans leur commune spécialité : la gaffe, la bourde, la bévue. A cet égard aussi, il est le digne héritier de François Hollande.

Ouverture du gala de gaffes à gogo, le 16 décembre 2016 : dans l’avion qui l’emmène aux Antilles, le candidat d’En marche fait au vol un selfie avec un jeune voyageur, qu’il légende ainsi sur Twitter : « Avec Mathias, lycéen à Bourg-en-Bresse. Il rejoint sa mère expatriée en Guadeloupe pour Noël. » Boulette de banane, c’est la gaffe ! Ses adversaires lui rappellent avec une insultante ironie que les Antilles, c’est la France, comme le dit un gendarme noir à Bernard Blier dans le film de Georges Lautner Laisse aller, c’est une valse… Et qu’un Français, qu’il soit Auvergnat, Berrichon ou Guadeloupéen, ne s’expatrie pas en se rendant en France. L’Élu du Système confirmera l’étendue de ses connaissances géographiques au cours d’un voyage à La Réunion, le 26 mars 2017, en déclarant, à propos de la crise en Guyane, que « bloquer le fonctionnement de l’île, ne peut être une réponse apportée à la situation ». Hélas, tout ce qui est outre-mer n’est pas forcément entouré d’eau et à la différence de la Guadeloupe, de La Réunion et de quelques autres départements français ultra-marins, la Guyane est ancrée sur le continent américain, entre Brésil et Surinam. Ah ! Si seulement Brigitte avait été prof de géo !...

L’Algérie, c’est la louze !

Emmanuel n’a guère plus de réussite auprès des vrais rapatriés qu’auprès des faux expatriés. Le 14 février, en déplacement en Algérie (pour y chercher des électeurs ?), il croit de fine politique de débiner le pays qu’il prétend à présider en accusant la France d’avoir commis des « crimes contre l’humanité » à l’époque de la colonisation, pendant laquelle elle construisit ce pays qui lui doit même son nom. Le nomenklatura ex-FLN, toujours empressée de charger la France de toutes les turpitudes pour faire oublier ses propres responsabilités dans la situation catastrophique où se débat l’Algérie, applaudit d’autant plus fort le candidat à la présidence de la République française qu’une telle « repentance », si elle devenait officielle, pourrait même déboucher sur des réparations. Macron s’est exprimé dans un journal algérien ; mais nos politiciens semblent n’avoir pas compris à quelle vitesse l’information circule aujourd’hui : sitôt connues en France, ces déclarations déclenchent une polémique. En outre, les Français d’Algérie rapatriés représentent, avec leurs familles, un électorat nombreux dans le sud… Arrogance ou tentative malheureuse de rattraper le coup ? En guise d’excuse, l’Élu s’écrie « Je vous ai compris ! », reprenant l’exclamation lancée par De Gaulle à la foule algéroise en 1958 et qui reste, pour les pieds-noirs, le symbole même du mépris et du parjure politiques.

Pour 1000 balles, t’as plus rien…

Avec Macron, une bévue chasse l’autre. Le 21 mars, au cours d’un « Facebook live », l’Élu explique qu’il n’a pas toujours été banquier chez Rothschild, et a souffert lui aussi, ô pôvre, du manque d’argent : « J'ai vécu, quand j'étais adoles­cent, avec envi­ron 1000 euros par mois, oui. Quand j'ai quitté ma famille pour venir à Paris, j'ai vécu en donnant des cours parti­cu­liers pendant deux ans. Je sais ce que c'est de boucler une fin de mois diffi­cile. » Rappelons qu’en 1995, quand Emmanuel Macron avait 18 ans (âge de l’adolescence), le smic net mensuel avoisinait l’équivalent en francs de 747 euros et que des ouvriers chargés de famille ne gagnaient pas davantage…

Tout le monde ne peut pas avoir fait l’ENA…

Il est vrai que l’Élu n’a du peuple qu’une conception assez nébuleuse. Il semble qu’à ses yeux, le modèle actuel de l’ouvrière reste Fantine, la mère de Cosette dans les Misérables, avec une touche de Bécassine pour compléter le tableau. Le 17 septembre 2014, étant alors ministre de l’Economie, il avait déclaré, à propos des employés licenciés des abattoirs de Gad, à Lampaul-Guimiliau, dans le Finistère : « Il y a dans cette société une majorité de femmes, pour beaucoup illettrées. » Bien sûr, tout le monde ne peut pas avoir loupé Normal et fait l’ENA… Pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître, il existe plusieurs écoles à Lampaul-Guimiliau, où l’on apprend à lire et à écrire aussi bien qu’ailleurs (même en breton, à l’école diwan) et la scolarité y est obligatoire comme dans le reste de la France. Car la Bretagne, c’est aussi la France, M. Macron ! (À toutes fins utiles, je rappelle aussi que ce n’est pas une île – tout au plus une presqu’île…).

Pôle emploi, fonctionnement ordinaire de l’économie

Le voisinage des illettrés présumés ne valant décidément rien à l’ancien associé-gérant de la banque Rothschild, celui-ci, en se rendant le 26 avril à Amiens où l’entreprise Whirlpool est sur le point de fermer pour cause de délocalisation en Pologne, avait préféré rencontrer les responsables syndicaux, gens accoutumés à négocier autour d’une table, avec lesquels on ne risque pas de mauvaise surprise. On le comprend : la rencontre entre, d’une part, le champion de la finance internationale et de l’eurocratie, tenant de l’ultra-libéralisme et du libre-échange, et, de l’autre, les victimes de cette politique, risquait de faire quelques étincelles. Hélas ! L’arrivée inopinée de la populacière Marine Le Pen sur le site a contraint le beau Macron à faire prendre l’air à sa cravate en allant visiter le populo en colère. Selfies pour l’une, huées pour l’autre, le chouchou des médias bobolandais a trouvé que décidément, le travailleur français est trop mauvais coucheur pour être fréquentable. Il parvient cependant à faire passer deux messages à ces fichues têtes de mules : premièrement, « La réponse à ce qui vous arrive, ce n’est pas de supprimer la mondialisation ou de fermer les frontières. » Ben non, c’est de pointer au chômage. Comme Manuel Valls le disait en octobre 2014 lors de ses déplacements à Londres et à Berlin, la France a « fait le choix d’un chômage très important et très bien indemnisé ». Pôle-emploi, c’est pas fait pour les chiens, sans blague ! Deuxièmement, « Vous parlez d'entreprises délinquantes, malheureusement Whirlpool n'est pas une entreprise délinquante, c'est son fonctionnement normal, c'est le fonctionnement ordinaire de l'économie. » Eh oui, le fonctionnement normal de l’économie sans frontières consiste à supprimer des emplois en France pour en créer de moins cher ailleurs. L’essentiel, c’est que les actionnaires et les banquiers y trouvent leur compte.

Qu’ils aillent tous se faire foot !

Pour se détendre un peu en oubliant ces crétins franchouillards, l’Élu est parti le lendemain disputer une partie de football avec des jeunes gens de Sarcelles, à une heure à laquelle il ne risquait pas de rencontrer de travailleurs. Oublié, Whirlpool ! Rien à foot de ces travailleurs qui ne le seront d’ailleurs bientôt plus ! La rencontre était organisée sous l’égide d’une association d’« insertion par le sport », une de ces nombreuses structures dont la noble activité consiste à donner à des gamins issus de l’immigration l’espoir de devenir milliardaire en tapant dans la baballe, plutôt qu’en apprenant le français sur les bancs de l’école pour pouvoir plus tard remplir une demande de RSA, ou le polonais pour partir chercher un emploi à Varsovie. Le roi de la gaffe s’est bruyamment réjoui que sa rivale, candidate à l’élection présidentielle, ne puisse « pas venir dans un quartier comme celui-ci ». Heureusement qu’il existe des zones de non-droit, sinon on n’aurait plus la paix nulle part…

… Car tel est son bon plaisir

L’essentiel, finalement, c’est de gagner ; et dans son esprit, l’Élu a gagné depuis le soir du premier tour de la présidentielle. Il l’a montré, après son discours triomphal, en allant fêter son succès à la brasserie La Rotonde, en compagnie de militants méritants, colleurs d’affiches et distributeurs de tracts comme Pierre Arditi, Line Renaud, Stéphane Bern, Daniel Cohn-Bendit ou son pygmalion Jacques Attali. Comme ce gentil raout rappelait aux journalistes certaine fiesta organisée au Fouquet’s par Nicolas Sarkozy (qui avait, lui, bêtement attendu le deuxième tour), l’aspirant président a piqué une grosse colère, en affirmant qu’il n’avait « pas de leçon à recevoir du petit milieu parisien » – ce qui était d’une noire ingratitude, quand on pense à tout ce que ce petit milieu vient de faire pour lui – et en déclarant : « Si vous n’avez pas compris que c’était mon plaisir ce soir d’inviter mes secrétaires, mes officiers de sécurité, les politiques, les écrivains, les femmes et les hommes qui depuis le début m’accompagnent, c’est que vous n’avez rien compris à la vie. » Son bon plaisir, vraiment ? Mélenchon va encore y voir une dérive de la monarchie présidentielle. Mais si l'on songe qu'Emmanuel signifie " Dieu avec nous ", qu'il se prenne pour le roi n'est qu'un moindre mal.

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